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Marc Vasseur (Journal à quatre mains)

Un nouveau monde bipolaire.

9 Novembre 2018 , Rédigé par Marc

Avec la fin du communisme, nous devions assister à la fin de l’histoire mais les crises économiques en ont décidé autrement. Et ce d’autant plus que depuis, les problématiques de déclassement social, territorial et de questionnement « identitaires » n’ont fait que croitre au sein des classes moyennes et populaires.

 

Et il faut le reconnaître, la gauche social démocrate est complètement passée à travers ces peurs, réelles ou tout au moins ressenties. Tout au moins pour ses dirigeants, ceux qui suivent les blogs depuis 2007, savent que nous étions quelques uns à tirer avec vigueur sur la sonnette d’alarme en essayent de faire remonter les différents signaux qui laissaient présager de sa chute. On y est, il faut donc faire avec.

 

De fait, à la place d’un monde coupé entre deux idéologies, nous avons vu émerger un monde toujours bipolaire où la fracture s’opère entre centre et la périphérie et ce au sein d’un même territoire. Où le fossé se creuse entre une infime partie de la population totalement intégrée à l’émergence du « citoyen » monde relativement fortuné et agile et une forte proportion d’a-citoyens toujours plus précarisé qui tend à recroqueviller sur son groupe, vu comme une protection vis à vis d'un monde de moins en moins accessible.

 

Christine Lagarde « Les élites n’ont pas conscience de qui se passe » Les Echos 9.11.2018

 

Italie, Etats Unis, Brésil, France, Pologne… il semble que les situations électorales se ressemblent avec l’émergence d’une révolte « populaire », et pas forcément populiste, qui parvient à agréger des peurs et aspirations diverses. Trump avait réussi a faire basculer les terres ouvrières acquises aux Démocrates, Gérald Andrieux dans son périple à la rencontre du peuple des frontières a montré qu’Emmanuel Macron n’a pas convaincu, loin s’en faut. Et force est de reconnaître, que 18 mois après son élection, ce peuple des territoires est plus proche d’une défiance durable que d’une bienveillance attentiste.

 

Cette défiance n’est pas propre à la seule politique d’Emmanuel Macron, elle s’inscrit désormais dans un temps plus long. Elle semble désormais s'articuler sur une rupture nette entre les citoyens et ses élites. Aujourd’hui, elle se cristallise autour du prix de l’essence, des bonnets rouges, aux gilets jaunes. Ces jacqueries seraient, pour certains observateurs, militants, acteurs, hermétiques à toute forme de rationalité (sous la forme des statistiques officielles) or le ressenti, et souvent la réalité, de millions d’individus est fort différente.

 

La crise de 2008 trouvait son origine dans l’emballement de la bulle immobilière. La France a connu cet emballement, avec des prix et des loyers qui se sont envolés par la grâce d’un horizon toujours plus souriant. Force est de constater que ce mirage s’est largement dissipé laissant néanmoins un impact très concret sur le budget des ménages. Depuis cette date, on ne compte plus les demandes d’effort de toute nature… l’essence chez nous peut être cette étincelle qui embrase cet océan d’incompréhension et de malentendus. Une réalité… et des peurs diffuses… la question de l’environnement et certains peuvent toujours tenter de mettre en contradiction cette question avec la revendication sur l’essence… ces certains comptent beaucoup moins en fin de mois quand il s’agit de se rendre sur son lieu de travail… l’étalement urbain étant aussi une des conséquences de la flambée immobilière des hypercentres.

 

L’avenir de leurs enfants (des miens aussi de facto) inconsciemment fait aussi probablement partie de ces peurs diffuses. Quel avenir ? dans un monde où la place de l’humain – non doté de 140 de QI – dans le travail peut se réduire drastiquement. La réponse semble résider dans la formation, dont acte mais se former à quoi… mais aux métiers de demain… ok mais lesquels ? La réponse est moins aisée voire impossible.

 

A ce jour, à ces interrogations, à ces peurs, à ces incertitudes, les politiques « raisonnables » nous enjoint à choisir – comme depuis maintenant une vingtaine d’années – entre le camp du progrès – car le progrès est naturellement bon – et le camp des populismes –qui par opposition est le naturellement celui du mal -.

 

Car ces gens raisonnables restent sur une ligne de crête pour le moins hasardeuse si il s’agit d’offrir comme seul horizon indépassable ce monde des quelques uns globalisé et connecté et pour le plus grand nombre, précarité et concurrence exacerbée.

 

C’est d’ailleurs toute l’intelligence d’un Trump ou d’un Salvini, et quoiqu’on pense de leur politique réelle ou supposée, en préférant à leur manière s’adresser à ce plus grand nombre.

 

Combien de temps peuvent ils tenir ? Ils tiendront tant qu’aucune alternative crédible ne se constituera hors de ces deux camps progrès/populismes qui s’autoalimentent. Ou le second prend le pas sur le premier, tant apparait décharné, vidé de toute substance.

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