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Marc Vasseur (Journal à quatre mains)

Intelligence Artificielle : vers le grand déclassement des Classes Moyennes ?

20 Décembre 2018 , Rédigé par Marc

Depuis quelques années, la théorie du grand remplacement, popularisée par Michel Houellbecq dans Soumissions ou par un Eric Zemmour, a fait son chemin dans les arcanes les moins visibles du Net.

 

Pourtant, le danger n’est pas là, loin s’en faut, il est davantage dans la disparition à moyen terme des classes moyennes. Cette réalité, même un Laurent Alexandre – prédicateur inlassable de l’Intelligence Artificielle, semble se mettre en place. Ce dernier va même jusqu’à théoriser que la révolte des Gilets Jaunes est la première lutte d’un nouveau genre, celle de la lutte contre l’IA.

 

Où ils auraient une conscience diffuse que cette dernière sera responsable du déclassement à venir des classes moyennes. Cette notion de déclassement est, de part les interactions en jeu, sont de plusieurs natures, de plusieurs peurs. On peut en voir au moins deux : un pouvoir d’achat qui tend à se contracter et des perspectives de progression sociales qui se réduisent pour les prochaines générations. Avec en sus de ces difficultés, des incertitudes de plus en plus avérées en matière d’environnement et de fait de viabilité de notre modèle économique actuel.

 

Ces prophéties ne sont plus seulement l’œuvre de quelques illuminés, elles touchent désormais le plus grand nombre, à travers les conférences, des livres très largement diffusés. Un exemple, et non des moindres, Yuval Noah Harari* qui a déclaré récemment au Financial Times : "les élites vont elles tirer sur les inutiles ? Les élites n'ont plus besoin des inutiles à l'heure de l'Intelligence Artificielle ". * auteur de Sapiens : Une brève histoire de l'humanité, Homo Deus : Une brève histoire de l'avenir et 21 leçons pour le XXIème siècle. Sans parler, de cette nouvelle religion, qui touchent essentiellement les plus fortunés de la Silicon Valley, le Transhumanisme qui annonce une IA dépassant l’Homme pour les années 2030.

 

Sans aller jusqu’à ces outrances et à l’émergence d’un pouvoir popularisé par Robocop et son fameux Skynet dans un avenir qui est déjà demain. On peut néanmoins s’interroger sur la viabilité des métiers, et plus particulièrement ceux occupés par les Classes moyennes, à court et moyen terme.

 

Les exemples et les réalités s’accélèrent dans tous les domaines où l’IA, les robots, ou l’IA+les Robots, seront en passe de nous remplacer définitivement. Et ce à tous les stades d’une ligne opérationnelle. Un géant comme comme Amazon, au delà d’occuper l’intégralité de l’espace de la distribution, n’a jamais caché son autre enjeu ; celui de se passer autant que faire se peut de toute intervention humaine dans toute sa chaine. Amazon peut d'ailleurs augmenter ses salariés de 100%, comme en Novembre, d'ici 10 ans, Amazon espère se séparer de 90% de son personnel... le calcul est rentable.

 

Au Japon, une compagnie d’assurance a commencé à remplacer ces téléconseillers humains par des chatbots pour des placements de produits. Dans le domaine des Relations Humaines, la généralisation des chatbots devient incontournable dans les présélections. Plus près de nous, à Villeneuve d’Ascq, on vient de mettre en service une ligne de transport en commun autonome en milieu ouvert. Plus significatif, en Norvège, le transport entre deux sites distant de plusieurs kilomètres est désormais effectué par des camions - des 38 tonnes – autonomes.

 

Cette nouvelle révolution, que j’ai déjà évoquée, est pour le coup totalement disruptive et nous n’en sommes encore qu’aux prémices… L’immense majorité des secteurs de l’activité humaine est concernée et par conséquent des millions d’emplois sont désormais en balance, voués à s’éteindre dans les prochaines décennies.

 

Les autorités se veulent rassurantes… en expliquant que la formation aux nouveaux emplois permettra de passer ce cap sans encombre. Il n’est pas certain que ce discours soit totalement entendu et il risque de l’être de moins en moins. Au pire, à en croire certains décideurs, nous serons tous développeurs en Informatique. Dont acte, c’est juste oublier les progrès depuis dix ans dans ce domaine, sans compter qu’un certain nombre de sociétés travaillent à l’auto-programmation des machines par elles-mêmes. Ayant travaillé dans le domaine, je peux vous assurer que ce n’est pas à la portée de tout le monde et à moi en particulier. Avec une certitude cependant, le nombre de développeurs nécessaire va fatalement décroitre à l’horizon de 30 ans.

 

D’autres, moins rassurants, expliquent que désormais s’ouvre la guerre de l’intelligence. Que notre salut passera par une intelligence augmentée via une interface neuronale entre notre cortex et une machine. Science fiction ? Au regard des investissements réalisés par des boites comme Facebook, Tesla ou encore Google sans compter les entreprises chinoises (qui vont bientôt dépasser les GAFA dans ce domaine), il y a à craindre qu’ils y parviennent.

 

Petit aparté, il y a encore 5 ans, on pensait arriver au bout des possibilités de la puissance de calculs avec nos processeurs traditionnels. Les Big Data ont montré que l’important pour l’heure n’était pas seulement la capacité des processeurs, mais les données… Demain, on sait que le manque de puissance devrait être levé par les calculateurs quantiques. Qu’on se comprenne, l’échéance n’est pas à un siècle, elle est à quelques décennies… Une chose que semble nous apprendre l’Histoire des techniques est que le cycles des révolutions technologiques tend à diminuer drastiquement.  

 

Parallèlement à cette course à l’intelligence froide, il y a la course à cet autre mimétisme, celui de nos capacités physiques. En prenant un peu de recul et en essayant de se projeter, on en vient à se dire que les véhicules autonomes sont déjà à inscrire au passé. Les laboratoire d’armement travaillent aux soldats de demain, on sait déjà que les drones font partis de l’armée d’hier. Etats Unis, Chine font la course à une armée sans soldats, à des cyborgs autonomes. Regardons seulement, ce qui se passe dans le domaine grand public avec la vidéosurveillance, il est révélateur des « progrès » technologiques dans ce domaine. On peut aussi regarder avec une pointe d’émerveillement les progrès des robots humanoïdes de Boston DynamicsAlors certes, ce n’est pas pour demain mais on s’en rapproche chaque jour un peu plus.

 

Ces avancées technologiques ont et auront des répercussions dévastatrices sur nos sociétés. Depuis la naissance de l’Homme, celui-ci a toujours cherché à alléger d’une manière ou d’une autre son travail… il a évolué dans l’expression de son calcul pour exprimer une valeur comparable, des chevaux, aux watts, aujourd’hui les Flops et demain le "QIa" pour ces nouvelles entités autonomes.

 

Alors comme le dit, Laurent Alexandre, les Gilets Jaunes traduisent très certainement cette peur du grand remplacement d’eux-mêmes et plus surement de leurs enfants. Où instinctivement non seulement, ils perçoivent et vivent plus que jamais l’extraordinaire accroissement des inégalités économiques et sociales depuis 40 ans ; mais en prime, ils savent déjà que les inégalités culturelles et éducatives joueront à plein dès à présent et encore davantage dans un futur proche (dans un prochain billet).

 

Un Nouveau Monde se dessine sous nos yeux, un nouveau monde qui semble et pourrait être celui de quelqu'uns au mépris du plus grand nombre... car on ne saurait savoir si il aura une quelconque utilité aux yeux des premiers... par le principe de l'autosuffisance.

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Le Référendum d'Initiative Citoyenne ou le sexe des anges...

18 Décembre 2018 , Rédigé par Marc

Mine de rien les Gilets jaunes, quoiqu'on en pense, on réussit à faire bouger les lignes sur des éléments qu'on nous disait impossible jusqu'à présent. Au delà de certaines applications qui peuvent être laissées au débat, en matière de pouvoir d'achat, de taxations des GAFA, il y a des avancées, qu'on ne peut que saluer.

Aujourd'hui, le coeur du débat s'est déplacé sur la question fondamentale de la discussion démocratique et de ses outils. On peut s'en réjouir, néanmoins je reste un indécrottable partisan de la démocratie représentative et je regrette que les corps intermédiaires aient été particulièrement malmenés depuis plusieurs années.

Ces derniers avaient indubitablement d'énormes défauts, je m'en suis suffisamment expliqué ici-même pour regretter qu'ils soient sortis de l'espace démocratique. 

Alors pour faire bien, on ressort le Référendum d'Initiative Citoyenne... trop génial..

Ma seule interrogation dans ce domaine tient en quelques mots... qu'en sera-t-il quand le peuple souverain s'exprimera à rebours de la "bien pensance" ? ... je m'explique :

en 2005, par voie référendaire , le peuple a voté non à un texte - contre les partis majoritaires, contre les éditorialistes, contre certains syndicats mieux que les autres - , celui-ci était particulièrement structurant puisqu'il s'agissait de de régir le pays au traité de constitution européenne.

69,33% des français en de voter se sont exprimés, 54,67% des exprimés ont dit non...

Et pourtant il  a été ratifié sous le terme de traité de Lisbonne en 2008 par l'Assemblée Nationale à rebours de l'expression du peuple... alors oui j'ai un peu le sentiment que le RIC a un rapport avec le sexe des anges...

Et le problème n'est pas là... il est bien plus profond, il touche à notre rapport à la démocratie, au fonctionnement des corps intermédiaires, syndicats, partis politiques... et là en l'occurence, on n'avance pas... pire on recule...

Mais continuons comme ça, tout va bien ou presque... ou pas

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On reparle des classes populaires, des péri-urbains, partis politiques... (billet de Mai 2011 )

17 Décembre 2018 , Rédigé par Marc

L'actualité aidant, une personne sur twitter a exhumé un vieux billet que j'avais écrit en Mai 2011. A l'époque, je parlais du Parti Socialiste... sans fausse modestie, j'avais vu plutôt juste... Aujourd'hui, on peut déjà parler d'un autre "parti" mais tous sont concernés...  Ce billet n'a malheureusement pas vieilli, classes populaires, péri-urbain. Il suffit de changer le nom du parti et son obédience partisanne.

 

Extraordinaire note de la fondation proche du PS, Terra Nova, quant à la stratégie que le Parti socialiste doit adopter pour les prochaines échéances électorales. En clair, les auteurs préconisent d’abandonner les classes populaires.

 

Je n’invente rien, c’est écrit noir sur blanc : "Il n’est pas possible aujourd’hui pour la gauche de chercher à restaurer sa coalition historique de classe : la classe ouvrière n’est plus le cœur du vote de gauche, elle n’est plus en phase avec l’ensemble de ses valeurs, elle ne peut plus être comme elle l’a été le moteur entraînant la constitution de la majorité électorale de la gauche. La volonté pour la gauche de mettre en œuvre une stratégie de classe autour de la classe ouvrière, et plus globalement des classes populaires, nécessiterait de renoncer à ses valeurs culturelles, c’est-à-dire de rompre avec la social-démocratie."

 

Si on peut effectivement penser que cet électorat a, depuis de nombreuses années, délaissé le Parti socialiste (à la notable exception de 2007) pour se réfugier massivement dans l’abstention (je vous renvoie à ma petite analyse sur le vote dans les grandes villes aux dernières cantonales) ou pour se rapprocher du Front national, il me semble que justement l’un des enjeux de cette présidentielle est de réussir à raccrocher les classes populaires pour le PS, mais plus encore pour l’ensemble des gauches (je deviens allergique à cette définition binaire et obsolète sur un certain nombre de sujets).

 

Aussi, je ne sais que penser de ce quarteron de têtes bien faites, si ce n’est que leur cynisme est à la lisière du mépris envers ces classes populaires durement touchées au cours des 30 dernières années, tant dans leur difficulté à vivre au quotidien que dans les perspectives offertes à leurs enfants.

 

Ce qui est reproché à celles-ci : leur difficulté à accepter la mondialisation joyeuse. Elles osent revendiquer davantage de protection, et en forçant un peu le trait, il ne doit pas être trop difficile d’y trouver cette thématique qui reste un tabou pour la gauche… la sécurité.

 

Sans me lancer dans une définition de la social-démocratie (je n’en ai pas les compétences), je crois néanmoins pouvoir dire que si les grands partis sociaux-démocrates se lancent dans cette voie, elle mourra sans fleurs, ni couronne – peut-être l’est elle déjà d’ailleurs ?

 

Au passage, je note qu’à ce train d’enfer de la désintellectualisation de la social-démocratie, on peut s’interroger : vers qui va-t-elle pouvoir s’adresser, puisqu’on assiste aussi à des pertes sensibles pour le PS dans les zones péri-urbaines ? La gauche n’aurait donc plus comme seul horizon électoral que les centres urbains aisés ou culturellement très actifs ?

 

Si par malheur, le candidat socialiste mais également ses partenaires potentiels allaient dans cette voie, la seule victoire qui pourra être commémorée dans les prochaines années sera celle de Marine Le Pen qui mord dangereusement sur ces deux électorats.

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Winter is coming ou choisir entre la Souveraineté et le Marché

14 Décembre 2018 , Rédigé par Marc

Petite nouveauté : j'ouvre mon blog afin de faire vivre le débat et certains auront remarqué le changement d'intitulé. Désormais, Il y aura un nouveau contributeur en la personne de Vincent Grenier qui est entrepreneur et membre du Conseil National du Parti Socialiste.

C'est l'hiver. Alors qu'Emmanuel Macron encourage les entreprises du secteur privé à distribuer plus de primes, lui, le plus gros employeur du pays, ne se l'autorise pas. La fonction publique se gèle le point d'indice, et il n'est pas rare de croiser des infirmières ayant deux mois de récupération en suspens, ou des policiers avec un mois d'heures supplémentaires encore impayées.

L'Etat gère. La pénurie essentiellement. L'hôpital subira encore en 2019 des baisses d'effectif car les urgences sont vides. La justice attendra car les justiciables sont des nantis. Le CNRS se transforme en SSII et nos universités sont conduites à facturer leur enseignement, transformant encore plus la "méritocratie républicaine" en reproduction des élites… financières. Nos jeunes savent aujourd'hui qu'un diplôme s'achète souvent plus qu'il ne se mérite.

Et pourtant… Notre pays n'a jamais été aussi riche. Le PIB dépassera cette année les 2200 milliards, soit presque 3000€ mensuels de production de richesse par personne, retraités, chômeurs, précaires, SDF et enfants compris. 3000€ pour chacun. Même en en mutualisant une partie pour assurer une justice, une police, des services publics et la santé pour tous, ça devrait le faire, non ?

Nous vivons dans un monde paradoxal. Nous ne le comprenons plus. Depuis quarante ans, à mesure que le pays s'enrichit, les Français se découvrent fragilisés, précarisés. Un compte courant sur deux est à découvert au 20 du mois et dès ce jour les parkings des hypermarchés se vident.

On nous parle de révolution du travail. De nécessité de flexibilité, de nouvelle économie. Mais la caissière, le manutentionnaire, l'instituteur comme l'immense majorité des salariés qui ne prennent pas part à la transformation numérique, ne ressentent dans cette transformation que leur précarisation.

Nous vivons un paradoxe. Nous sommes pétris des idéaux d'égalité, mais nous évoluons tous les jours dans un monde qui la refuse. A un moment, quelque chose s'est cassé. Un consensus s'est rompu : quelques acteurs ont décidé de le rompre à la faveur de la faiblesse de quelques autres.

Quelques pistes. Le rôle de l'entreprise privée dans la société a sensiblement évolué. Auparavant, l'entreprise participait à un jeu d'interactions sociales qui bénéficiait à l'équilibre de la société. Les « rigidités » légales amenaient le secteur privé à jouer le rôle d'un assureur social. Si les entreprises et leurs actionnaires se rémunéraient sur le travail de leurs salariés, les « rigidités » économiques les conduisaient à gagner moins durant les périodes de crise, mais plus durant les périodes prospères. Aujourd'hui, la flexibilité a brisé ce modèle assurantiel. Un salarié reste salarié quand sa rentabilité est intéressante. Sinon, il est chômeur. La flexibilité a divisé la société entre ceux qui gagnent et ceux qui perdent. Et les petits patrons, les PME en région, n'ont même pas eu leur mot à dire : sous-traitants ou soumis à la pression économique, ils n'ont pu que s'aligner sur ces nouvelles pratiques pour survivre, accueillant des stagiaires de trente ans quand, au milieu des années 90 dans une situation économique moins favorable qu'aujourd'hui, ils les embauchaient en CDI à 22.

Le rôle de l'Etat a lui aussi changé. Il était stratège, il est devenu gestionnaire. Il était protecteur, il est devenu dérégulateur. Il avait une vision de l'intérêt général, il nous explique aujourd'hui que servir les intérêts de certains est plus important que servir les intérêts du plus grand nombre : nos milliardaires pourraient s'exiler, investir ailleurs. Il faudrait les séduire pour qu'ils consentent à utiliser les richesses produites par les Français dont ils disposent, pour ré-investir en France et salarier ses citoyens.

Ces paradoxes tournent au jeu de dupe. Quand en 2013 le MEDEF braque l'Etat en exigeant 30 milliards de fonds publics, issus de nos impôts, de notre travail tout en promettant un million d'emplois, six mois plus tard l'Etat met en place le « Pacte de Responsabilité ». l'Etat paie. Mais personne, bien entendu, n'attend déjà plus le million d'emplois.

Comme si le pouvoir changeait de mains à la faveur d'un gigantesque chantage à l'activité économique. Et cela continue : le budget de l'Etat 2019 comporte encore au moins 19 milliards de dépenses supplémentaires, inefficaces et illégitimes, in fine au profit des grands actionnaires et des grandes entreprises. Pour nous, il nous reste la fierté nationale d'avoir sur notre sol le plus grand nombre de millionnaires d'Europe, et une fantastique accélération de l'enrichissement de nos détenteurs de capitaux.

Mais ce n'est pas la fierté qui nourrit. Et entre un rêve d'égalité qui s'éloigne et la réalité, le consensus national se rompt. Lorsque l'impôt ne sert plus aux services publics mais constitue un « remboursement de salaire », le consentement à l'impôt est remis en question. Logique. Comme il est logique aussi de considérer, en regard, le Président de la République comme le majordome de la finance.

Certes, il a été élu. Mais y-avait-il une alternative majoritaire ? La France était jusqu'en 2017 un pays mesuré, encore plein d'espoir et se refusant majoritairement à la colère. Faudra-t-il attendre que la fureur du peuple s'empare du pays ? La déconnexion de nos élites plaide en ce sens.

Le paradoxe se résout enfin. Entre une fiction entretenue par un monde politique encore majoritairement attaché aux valeurs de l'intérêt général, et une réalité où les grandes entreprises s'en sont rendues autonomes tout en gardant un rôle central dans la bonne marche de la société, le pays est à la croisée des chemins. Encore pleinement souverain, l'Etat devra choisir entre abandonner les valeurs de la République à celles du marché, ou les rétablir contre le marché.

Car si le secteur privé tient à rester central dans la production des richesses, il devra évoluer, ou s'exposer à la fureur du peuple. En tant qu'acteur majeur du pays, il ne peut s'affranchir de ses responsabilités. Nos grandes entreprises, ont obtenue une position prédominante dans la création de richesses. Elles sont devenues une condition d'existence du pays lui-même. Leur importance dans le jeu économique ne peut plus laisser leur gouvernance à la discrétion unique de leurs propriétaires, mais elle doit être intégrée au champ démocratique.

La condition de la souveraineté populaire est soumise à cette Révolution.

 

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Strasbourg et la récurrence complotiste des Réseaux Sociaux.

12 Décembre 2018 , Rédigé par Marc

Comme on devait s’y attendre, l’attentat de Strasbourg n’a pas manqué, s’il en était encore besoin, de charrier son lot de rumeurs complotistes.

 

Un regard rapide sur les réseaux sociaux de toute nature suffit à se rendre compte de ce triste phénomène. De fait, on pourrait être amené à se dire que ces derniers sont les uniques responsables de ces emballements venimeux.

 

Malheureusement, ce raccourci est bien trop simple pour s’en contenter. C’est oublié un peu vite que l’emballement complotiste est aussi, et peut être avant tout, le fruit d’une défiance de plus en plus grande vis à vis de l’autorité au sens large (médias, responsables politiques, Etats). Et cet état de fait n’est pas unique à la France et si elle touche, la plupart des démocraties, il est aussi une réalité dans les régimes plus autoritaires.

 

Par ailleurs, le complotisme ou la rumeur n’est pas une invention des réseaux sociaux, il existe depuis des siècles, sans en avoir la compétence ni les connaissances, mon intuition positionnerait cela avec l’émergence du concept d’Etat et de facto pour ce dernier dans sa volonté d’imposer sa norme (à tort ou à raison, là n’est pas la question).

 

Dans ce sens, la fameuse rumeur d’Orléans (en 1969 des filles qui auraient été enlevées pour les obliger à se prostituer), dont les rouages sont décris dans toutes leur complexité par Edgar Morin, illustre le caractère de ce que nous appelons aujourd’hui le complotisme de par sa nature systématique.

 

Alors, non, définitivement non, les réseaux sociaux n’ont pas inventé le complotisme, ils l’ont amplifié à mesure de leur développement, rien de plus, rien de moins. A cela, on doit ajouter  la crise de représentation qui ne cesse de se manifester et de prendre de l’ampleur (déjà évoqué dans un billet précédent). Et pour être juste, ces "rumeurs" peuvent être parfois alimentées par lesdites autorités et  au plus haut niveau.

 

Un des exemples récents les plus dévastateurs est probablement celui de Colin Powell affirmant à la tribune de l’ONU que les Etats Unis avaient des preuves (armes chimiques) pour engager la guerre en Irak. Sans aller jusqu’à affirmer que celui-ci est à l’origine de beaucoup de nos maux que nous connaissons aujourd’hui, il n’est pas probablement pas neutre dans l’exacerbation des théories complotistes qui pullulent un peu partout.

 

Plus que jamais, au delà de la difficulté de tuer dans l’œuf ces « rumeurs », il s’agit bien de remettre à plat le fonctionnement des systèmes démocratiques, avec davantage d’horizontalité pour tenter de contrebalancer le poids des réseaux sociaux.

 

Malheureusement, à ce jour, aucun parti politique, aucun syndicat, n’ont jusqu’à présent pris en compte cette indispensable horizontalité. Le constat est d’ailleurs assez alarmant car dans ce domaine, les mots sont rares et les actes totalement absents.

 

Enfin, il serait également illusoire de croire que seule une réforme profonde de nos us et coutumes démocratiques puisse durablement changer l’air du temps si  temps la « perception » du quotidien ne s’améliore pas.

 

Si le complotisme se nourrit de « politique », le complotisme se nourrit également d’économie.

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Réseaux Sociaux… entre hystérisation et égotisme

9 Décembre 2018 , Rédigé par Marc

Si la question de l’hystérisation des réseaux sociaux ne date pas des Gilets Jaunes, nulle doute qu’elle revient sur le devant de la scène. Je ne parle même pas des théories du complot lié à ce mouvement. Pour ma part, les choses sont claires, il est ourdi par des forces extra-terrestres et pis c’est tout.

 

Plus sérieusement, il y a bien hystérisation et montée de la la haine, il serait déplacé de le nier néanmoins, il y a matière à s’interroger sur la concomitance de ce phénomène avec celui d’un délitement avéré des « régulateurs » sociaux plus traditionnels.

 

J’ai déjà évoqué le ratage complet des partis politiques et syndicats face à l’émergence d’une démocratie 2.0 plus horizontale et les possibilités offertes par ces nouveaux outils. Aussi, il est essentiel de repréciser qu’un outil aussi parfait ne peut constituer une fin en soi. Et dans le domaine de l’expression démocratique, le paramètre essentiel pour son bon fonctionnement réside dans les interactions société/individu/corps social/représentation. Quand ces dernières sont profondément altérées, il y a eu peu de probabilité qu’on sorte par le haut d’une crise bien plus ancienne que les évènements de ce dernier mois. Au risque de choquer quelques personnes, je trouve plutôt rassurant qu’un certain nombre de citoyens en viennent à interroger notre système démocratique.

 

Hystérisation donc du fait de cadres traditionnels désuets et coupés des réalités mais aussi conséquence où l’individu s’est considérablement hypertrophié du fait d’une société qui façonne depuis maintenant près de 40 ans, le post-citoyen hyperconsumériste.

 

A trop vouloir porter l’attention de l’individu sur des biens matériels où celui qui ne les a pas, n’existe plus aux yeux de l’autre, il ne faut guère s’étonner des travers que nous voyons chaque jour sur les réseaux sociaux.

 

Le Selfie et ses mises en scènes, où la notion de « performance » devient le maître étalon, est symptomatique de l’égotisation totale et où toute forme de remise en cause peut-être perçue comme une agression, d’où cette montée de propose très vindicatifs voire haineux.

 

De fait, la notion de débat disparaît de l’espace public au profit du « Je » indépendamment des faits, des valeurs et également d’un futur qui demeure particulièrement incertain voire dangereux à mesure que les technologies s’immiscent dans notre quotidien de salarié.

 

Société de l’hyperconsommation, la classe moyenne disparaissant à mesure du déploiement de l’Intelligence Artificielle, classe populaire menacée par la baisse des coûts de la robotique (j'y reviendrai bientôt)… Sans compter un dérèglement environnemental qui malgré des discours volontaristes ne cesse de s’aggraver.

 

Oui, l’urgence est bien là… reconstruire un pacte social, les questions étant comment, avec qui et pour quel demain ?

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Gilets Jaunes… des fachos-gauchistes et pis c’est tout ?

5 Décembre 2018 , Rédigé par Marc

Les images sont « belles », elles tournent en boucle sur les réseaux sociaux, elles tendent à vouloir accréditer la thèse d’un mouvement composé d’ultra des deux extrêmes. La chose devrait donc être entendue, pour les « bons » militants ; rassurons-nous cela était une technique de « l’ancien » monde, elle aurait dû l’être pour le nouveau monde ; « malheureusement », cette représentation binaire et basique du corps social semble se dissoudre sous nos yeux.

 

Parallèlement aux images, on tente de multiplier sur ces mêmes réseaux sociaux, des exemples de comportements « totalitaires » vis à vis de ceux qui n’arboreraient pas le Gilet. On s’échange aussi les propos de telles ou telles « autorités politiques » expliquant que nous devons faire face à un mouvement qui glisse déjà vers une certaine forme de totalitarisme. Et d’appeler aux gens raisonnables de montrer leur solidarité pour un retour à la normale.

 

Cette « lutte » est vaine ; car plus que tous les autres, les Gilets Jaunes ont appris très vite les us et rouages dans l’utilisation des réseaux sociaux. Comme le disait, il y a quelques jour, un des spécialistes dans ce domaine qui faisait un parallèle entre ce qui s’était passé lors de la révolution tunisienne et aujourd’hui  - Fabrice Epelboin – spécialiste des réseaux sociaux et il a suivi avec quelques autres la révolution tunisiennes heure par heure -.

 

Tout cela n’a manifestement aucun effet sur l’opinion si on en juge les enquêtes de nos « sondagiers » et pour le coup difficile d’en appeler aux marges d’erreur tant les écarts sont abyssaux… du jamais vu avec ou sans violence. Cet état de fait oblige plus que jamais à une introspection dès plus profonde de nos élites. Elles ne peuvent plus se contenter de regarder la fracture béante qui s’élargit depuis plusieurs décennies… nous arrivons au stade du consommé.

 

Et rien n’est moins certain qu’un moratoire suffise à calmer les ardeurs de citoyens à bout de nerfs – et je le répète, Emmanuel Macron n’est pas le seul responsable de cette situation incandescente-.

 

Un autre élément semble désormais patent : Au totalitarisme supposé des uns on est malheureusement en droit d’opposer aux autres , les référendums qui n’ont pas été pris en compte. Cela fait aussi partie de l'équation à plusieurs inconnues que nous vivons en ce moment... Tous les éléments de langage du monde ne suffiront pas à la résoudre.

 

A écouter certains de nos responsables, on reste consterné par cette cécité totale et l’absence d’empathie vis à vis de ceux qui n’ont désormais plus qu’une frustration et une haine entretenue depuis des années à force de sacrifices - ok on vit mieux en France qu’en Chine mais quand on a que ça à offrir comme perspective… forcément ça dérape… -.

 

Ces gens ne sont pas des fachos et oui il y a comme dans tout mouvement quelques givrés… mais est ce que ces derniers portés en étendard peuvent éteindre cette envie de révolte qu’embrasse une large partie de nos concitoyens… Rien n’est moins sûr.

 

Les prochaines semaines seront déterminantes mais quoiqu’il en soit, aucune des forces traditionnelles – hors FN- ne pourra espérer en récolter quoique ce soit, à moins d’une lente et difficile prise de conscience (comme évoquer quelques jours plus tôt)

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Démocratie en vrac, vive la démocratie liquide…

3 Décembre 2018 , Rédigé par Marc

J’ai commencé à bloguer en 2006, je ne compte plus le nombre de billets que j’ai pu faire sur la montée inexorable de l’abstention élection après élection. On a pu croire que la montée en puissance des réseaux sociaux aller faire émerger une démocratie 2.0 ; à tort. Certains politiques, voire tous, se sont cachés derrière leur victoire et ce n’est pas les derniers scrutins qui peuvent faire dire le contraire.

 

Si quelques uns, souvent ceux qui avaient perdu, ont pu verser une petite larme sur cette désertion citoyenne, c’était avant tout pour expliquer leur défaite et rien de plus. 2017 fut du même tonneau, avec parfois une certaine arrogance pour les vainqueurs confondant parfois légitimité, représentativité et blanc seing.

 

A cette cécité et à l’illusion de la démocratie 2.0, on a vu fleurir le pis-aller de la démocratie liquide avec dès le départ un vice originel puisque fondée sur le concept de société liquide or « dans la « société liquide », l’unique référence est l’individu intégré par son acte de consommation. Statut social, identité ou réussite ne sont définis qu’en termes de choix individuels et peuvent varier, fluctuer rapidement au gré des exigences de flexibilité. Il définit les relations sociales comme de plus en plus impalpables dans la société actuelle ». Le problème est là, la démocratie ne fait sens que par référence au corps social, à la société et non à l’individu comme seul référent.

 

Second gros problème qu’on peut identifier qui a trait aux politiques suivies par nos gouvernants depuis près de 40 ans et toujours en cours malgré les discours. Le libéralisme a cédé la place au néolibéralisme… on peut en discuter pendant des heures mais depuis que les élites financières ont vu acceptées leur sécession vis à vis de l’impôt, « les classes moyennes » ont été contraintes de prendre en charge les politiques de redistribution issues des traumatismes de la seconde guerre dans une grande majorité des pays occidentaux.  Ces politiques sont bien la cause de cette dégradation du lien démocratie/corps social.

 

Troisième problème. Les partis politiques se sont délités avec application durant ces dernières décennies pour se replier sur « leur » base faite d’obligés et de bébés apparatchiks ; on peut douter qu’LREM fasse mieux du fait d’un socle « militant » déjà très étroit. Les syndicats français n’ont jamais eu une base très développée (davantage que les partis politiques ceci étant dit), aujourd’hui celle-ci s’est contractée aux grandes entreprises et aux fonctions publiques. Du fait, il leur été impossible de  prendre à bras le corps, l’émergence des nouvelles formes de travail mais aussi de n'avoir jamais su parler aux salariés des PME et des TPE.

 

Aujourd’hui, les « classes moyennes » mais aussi « les classes populaires » ne veulent plus, elles ne peuvent plus. Cela s’est traduit par la montée des « populismes » d’extrême-droite partout en Europe ou ailleurs. En France, ce ressentiment et pour certains cette haine, nous vaut les Gilets Jaunes.

 

Est-ce en soi une surprise que cela revêt cette forme dans un pays qui a connu 1789, 1871, 1968 ? Plus que jamais nous nous inscrivons dans les pas de notre histoire révolutionnaire. Loin de moi, l’idée de penser que nous sommes à l’aube d’une révolution, j’essaye simplement de replacer cela dans un contexte de temps long.

 

Aussi, et au delà des violences inacceptables, on peut néanmoins trouver heureux qu’un mouvement né de l’essence, tente de trouver une issue en tentant de structurer son « impensée », et dont de redonner un certain crédit à l’idée de corps social et donc de fait au concept de démocratie et de citoyenneté.

 

Partis et gouvernement sont dans la seringue, il serait illusoire de croire que quelques reculs (avec des conséquences évoquées précédemment pour Emmanuel Macron) pourront changer un état d’esprit, déjà passablement échaudé par la non prise en compte du référendum de 2005… vous savez, le truc où droite et gauche se sont assis sur l’expression du peuple souverain ; oui oui ça compte aussi dans la perception et l’inconscient citoyen.

 

Que faire ? je ne sais et ce n’est pas mon rôle, néanmoins ce n’est pas en restant dans le cadre politique et économique prédéfini fortement contraint que les choses pourront évoluer positivement.

 

Je ne suis pas le seul à le dire mais il y a urgence à faire émerger un nouveau système plus écologique, moins inégalitaire, plus humain. Avec la crise de 2008, on avait eu quantité de discours sur la crise systémique à laquelle nous devions faire face et…  et rien, on a continué comme avant.  

 

Au passage, oui nous allons connaître dans la prochaine décennie une nouvelle crise à la différence de 2008, les Etats sont exsangues, ils ont injecté des milliards pour sauver l’économie financiarisée… celle là même qui avait imposé les politiques économiques des années 80… la boucle est bouclée.

 

Pour preuve et c’est aussi le cas dans la plupart des pays :

 

« En 1980, la dette publique totale américaine ajoutée à celle des ménages américains dépassait les 3 000 milliards de dollars, mais aujourd’hui, elle vient de franchir à la hausse les 41 000 milliards de dollars. Cela signifie que depuis que Ronald Reagan a été élu Président des Etats-unis pour la première fois en 1980, cette dette a été multipliée par 14. ».

 

Rassurez-vous, il y a eu quelques gagnants…

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