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Marc Vasseur (Journal à quatre mains)

Nuit à l’hôpital

13 Novembre 2006 , Rédigé par Marco Publié dans #Petites et Grandes choses

Vendredi 10 novembre.

Voilà, il est 17h30, en partant récupérer Gabriel, je croise des phares blafards qui rentrent chez eux goûter au repos, moi je prends la direction de l’Hôpital pour remplacer Marianne qui l’a bien mérité. 

18h00 : Marianne quitte la Chambre avec Gabriel… je le serre dans mes bras en ne pouvant contenir quelques larmes, déjà je ressens cette nuit au coté d’Ivan, si loin, si proche de notre nid. Déjà des couleurs particulières émanant  de la ville filtrent à travers les vitres de ce lieu. Coté rue, pour mieux y puiser la vie, ses respirations, son assoupissement.

21h00 : Ivan dort paisiblement. Une autre vie commence, assis face à l’entrée des admissions d’urgence, je regarde ce défilé prendre forme, bigarré et douloureux. Blessés de la vie, âmes en souffrance, malades en vrai, ils arrivent seul ou accompagné d’uniforme, en recherche d’une trace d’humanité dans une ville endormie et rongée par ces poches de misère. Un accueil transformé en cour des miracles où chacun ne voit plus l’autre, par ce trop plein de douleurs et de silence anonyme. Coupable de rien, coupable de mal vivre sans autre reliquat qu’une carcasse suintant la honte. Honte de ne pouvoir être un autre, dans un monde cloné en d’innombrables sarcophages de faux dieux. Ce blanc dernier symbole d’existence où l’homme vaut plus que sa mort d’inutile, il panse ces maux où chacun veut encore croire au miracle de la renaissance sans jamais y regarder sa propre vie.

22h00 : quelques notes d’un orient si proche, striées de ces cris d’enfants en peine  pour regarder le sien ; las d’attendre ce bon de sortie pour y retrouver ce monde, malgré tout, encore en vie. A l’extérieur, celle-ci semble s’épuiser, quelques traces subsistent par delà les ombres… et encore ces anonymes qui arrivent, où à mesure qu’on s’enfonce dans la nuit, douleurs et cris s’accaparent l’espace.

23h15 : un enfant déverse des torrents de pleurs, souffrances, absence de bras protecteurs, je ne le saurais jamais… je regarde Ivan dans son sommeil, il semble paisible.

00h30 : Ivan se dit que c’est l’heure de manger un peu avant de plonger dans un long sommeil perturbé par de quintes de toux. Pause clope… petite visite à la cour des miracles… instant de sérénité dans ce monde de chaos individuels et collectifs… personne.

6h15 : une nuit rythmée par les soubresauts d’Ivan s’achève… une pluie glaciale balaye des rues sans fantomes… seuls commencent à résonner les chorus des bébés muent par la faim… probablement.  Ivan retourne à ses rêves après un biberon perturbé par ces entêtantes toux. Moi j’ai fini cette drôle de nuit… une  seule idée,  une seule aspiration… quand rentre-t-on pour qu’enfin à quatre nous puissions continuer à grandir.

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