Lettre à un Ami.
Cher Robert,
Suite à notre échange lors de la commémoration de la mort de Salvador Allende, tu m’as fait part d’un certain sentiment de culpabilité suite à mes propos sur ma dernière participation à une réunion villeneuvoise.
Aussi, il me semblait nécessaire de t’apporter quelques éléments de réponse à une décision à la fois rationnelle, nous n’habitons plus Villeneuve d’Ascq, et mûrement réfléchie après 18 ans d’engagement syndical et politique.
Je suis arrivé à la politique avec Devaquet, à l’époque j’étais en 1E (Math et Technique), et c’est à partir de ce moment que le combat militant m’est apparu comme une évidence. Cela m’a incité à changer d’orientation scolaire en privilégiant l’université… l’impératif était de décrocher le bac ; aussi de nature dilettante, j’ai compris qu’une brève orientation dans une section d’électrotechnicien pouvait me donner ce sésame sans devoir produire trop d’efforts. Ce que je fis en commençant parallèlement, en autodidacte, mon éducation politique… Par chance, mon CDI disposait de quelques ouvrages dont le « le manifeste du Parti Communiste ».
Je suis entré en fac en octobre 1989, avant même de disposer de ma carte de bibliothèque, je suis entré dans le local de l’UNEF-ID pour me syndiquer. Pourquoi ce syndicat ? Parce qu’il convenait bien à mon esprit anarchisant du fait de son coté auberge espagnole « idéologique » et d’autre part j’avais une aversion forte à l’esprit stalinien qui régnait encore dans les satellites du PC.
C’est au cours de ces années que se fit ma formation politique grâces des rencontres et des discussions interminables… au détriment de mon parcours universitaire, il est vrai. De cette période a émergé des amitiés durables et profondes, rien que pour celles-ci je ne regrette rien. Ces personnalités aux sensibilités diverses avaient cependant plusieurs points de convergence. Des intelligences toujours en éveil, une culture rare et surtout, surtout… un goût de la confrontation hors normes avec un maître mot le respect… et ce malgré des joutes verbales, et parfois limite physiques, d’une rare intensité… Cela je ne l’ai jamais retrouvé au PS ou en de très rares occasions.
1995 a été une année charnière pour moi… j’ai rencontré Gérard Caudron, encore aujourd’hui, je lui suis reconnaissant de m’avoir fait confiance tant en me permettant de devenir élu mais par la suite de comme collaborateur parlementaire alors que nous nous connaissions pas. Jusqu’en 2001, si du strict point de vue de l’ambition personnelle, ces années peuvent apparaître « heureuses » ; déjà pointes les premières désillusions « intellectuelles »… je ne vais pas m’étendre plus qu’il n’en faut mais déjà le PS fonctionnait en circuit fermé… trop heureux d’avoir eu la peau de Rocard en 1993.
Vint l’année 2001 pour « ruiner » mes dernières illusions… pour certains début de la chute… plus sûrement pour moi, une forme de résurrection où l’épisode villeneuvois n’est qu’un épiphénomène dans un abîme de perplexité. Au-delà de la violence dans l’affrontement pour la succession de Caudron pour les municipales (ahhh les lettres et coups de fil anonymes…), c’est l’analyse qu’en a tiré le PS qui m’a incité à prendre du recul. Pour moi le parti avait perdu nationalement les municipales… pas pour ses dirigeants. De même, je me souviens d’une longue discussion avec Bernard Roman où à quelques uns nous tentions de lui faire comprendre que l’élection de Jospin était compromise par absence de projet et de renouvellement profond de nos méthodes…
A cela s’ajoute une relation à la dérive… victime collatérale du duel interne JMS/Manier. Quelques mois plus tard… j’ai perdu mon ami d’enfance Olivier… plus qu’un frère, une partie de moi-même … et l’impérieuse nécessité de me reconstruire… seul point positif, lucide, j’avais déjà entamé ma reconversion professionnelle en démarrant l’IUT d’informatique.
A partir de ce moment, après quelques séances chez un spy et de longs moments de solitude… j’ai pu enfin devenir, redevenir moi-même… sachant que le monde politique était derrière moi… dès 2002… sans regret, sans amertume.
Un soir de mars 2008, je ne serais plus « rien » mais au fond… dans ma tête je ne suis déjà plus rien… ou plutôt… je suis juste un citoyen engagé, libre… et heureux de vivre… chose que j’avais peut être perdu en route.
Robert, je te livre quelques bouts de compréhension sur ce processus qui a mené à mon désengagement villeneuvois, et je le répète qui est normal, pour tenter de te « déresponsabiliser ».
Nous aurons peut être l’occasion d’en reparler autour d’une bonne bouteille.
Je ne regrette rien de ce que j’ai vécu et je reste un militant… non d’un appareil mais d’une idée… celle d’une société plus humaine.
En toute amitié.
Marc.
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